rien

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Re: rien

Message par leny le Mer 2 Mar 2011 - 18:03

super Sad

leny
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Re: rien

Message par Leo le Mer 2 Mar 2011 - 18:42

C'est émouvant à souhait , c'est une belle histoire que tu nous à narrer Jeff super
Mais peut être que maintenant tu peut retrouver ton pote ou sa fille sur "Copains d'avant", qui sait tu pourras lui donner le cheval de Mérens !

ok ok ok
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Re: rien

Message par stephlimousin le Mer 2 Mar 2011 - 18:47

@riri09 a écrit:" ma gueule " c'est pas stephlimousin large sourire 1

non, moi ma femme est vivante, tu lui as même parlé au telephone un certain soir de mai 2010 en utilisant ton "romantisme" à l'ariegeoise ( d'ailleurs j'ai depuis interdiction de demander une mutation là bas large sourire 1 )
large sourire 1 large sourire 1
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Re: rien

Message par Patrick74 le Mer 2 Mar 2011 - 18:55

tres beau texte super

merci
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Re: rien

Message par Yohan le Mer 2 Mar 2011 - 19:04

@alma31 a écrit:Au fait, tu l'as revu à "Ma gueule" ?

+1 ? Smile
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Re: rien

Message par Invité le Mer 2 Mar 2011 - 19:18

Tres belle histoire... moi j'aurais trop envi de les retrouver....
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Re: rien

Message par Invité le Mer 2 Mar 2011 - 19:26

@Yohan a écrit:
@alma31 a écrit:Au fait, tu l'as revu à "Ma gueule" ?

+1 ? Smile
Wink
Non, je ne l'ai jamais revu... à la mort de sa femme, je lui ai envoyé une lettre de condoléances bien tardive je le reconnais, mais il ne m'a pas répondu. Ce que je comprends parfaitement.
"Ma gueule" vient de nous quitter la semaine dernière. C'est pour ça et uniquement pour ça que j'ai écrit. Jamais je ne me le serais permis de son vivant. C'est, après tout, une manière comme une autre de lui souhaiter bon voyage.
Je ne crois guère au bon dieu, mais je suis persuadé d'une chose... et personne ne pourra me dire le contraire.
C'est que maintenant, il est avec "Madame Ma gueule".
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Re: rien

Message par Patrick74 le Mer 2 Mar 2011 - 19:34

tu es pourvu des valeurs qui pour moi font les gens bien Wink . super
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Re: rien

Message par Invité le Mer 2 Mar 2011 - 19:35

Et bien ca fait plaisir de lire une histoire aussi "belle" mais c'est vraiment triste que cela se termine ainsi..... Sad Sad No

paix a leurs ames, ils se retrouveront certainement "la haut"...mais pauvre petite... Sad
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Re: rien

Message par Yohan le Mer 2 Mar 2011 - 19:37

Oui, je comprends bien ok
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Re: rien

Message par Leo le Mer 2 Mar 2011 - 19:49

Je comprends mieux le sens de ton récit, c'est pour toi une façon d'évacuer ta douleur , et ça c'est ce que l'on appel de l'amitié, même si on ne vois pas les personnes tous les jours, ils sont présent dans notre cœur, et ça c'est une vraie amitié !
ok
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Re: rien

Message par andré le Mer 2 Mar 2011 - 20:26

Bravo JEFF et que de vérités sur nos vies ok
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Re: rien

Message par Invité le Mer 2 Mar 2011 - 23:23

JFB a écrit:Je l’avais connu au service militaire. «Ma gueule», car je le surnommais ainsi, était de la même classe que la mienne, nous étions dans la même chambrée.
Faire quatre mois de classes dans un régiment de parachutiste, ça crée parfois des liens…
«Ma gueule» n’était pas comme moi originaire des Pyrénées. Au contraire même, puisqu’il était du Loiret, un pays aussi plat que le nord de la Belgique… comme je lui disais souvent, il faut être fou pour appeler une immense plaine la Beauce… faut être du Loiret, quoi !
Et malgré le fait qu’il était de la plaine, passer une semaine en camp sous la tente et crapahuter dans des pentes sévères ne le gênait pas du tout.
C’est que «Ma gueule» était taillé comme un câble de frein, mais sans la gaine. Un mètre soixante, cinquante kilos, six de tension et trois Newtons. Les jours de grand vent, lui remplir les poches de plomb aurait pu être nécessaire… « Coup de vent sur le Loiret ou de forts envols de «Ma gueule» sont à craindre !… »
Bref vous l’avez compris, il n’était pas très costaud, lou type. Par contre, dès qu’il lui fallait escalader sue une échelle de corde, ou construire un pont de singe sur le tarn avec 50 mètres de vide car nous étions dans le génie parachutiste, il était redoutable.
Mais plus que tout, comment vous dire ? «Ma gueule» était… laid. Il avait vraiment une bouille d’enfer… des oreilles décollées à en faire pâlir le prince Charles, un nez qui n’aurait pas été ridicule comparé à celui de Cyrano, le dos voûté, les ratiches en éventail, et pour couronner le tout, des jambes cagneuses.
Dans le civil, on aurait pu porter plainte pour disgrâce esthétique… mais vous me direz que dans l’armée, on s’en foutait un peu beaucoup.

Un jour que nous posions en binôme des balises pour l’organisation d’une course d’orientation quelque part dans le haut Quercy, un bruit très familier mais assez lointain me fit stopper net.
« Il y a de l’eau qui coule pas très loin !
-Mais nos gourdes sont pleines !
-A propos de gourde, tu… ta gueule, « ma gueule » ! Laisse-moi écouter d’où ça vient, et passe-moi la carte. »
En effet, il y avait un ruisseau une cinquantaine de mètres en contrebas, mais invisible de là où nous étions.
« On y va !
-Qu’est ce que tu veux aller y faire ?
-Toi, tu es bien de la Beauce, toi ! Qu’est ce que tu veux aller faire au bord d’un ruisseau, à ton avis ? Comment on dit embaït, chez toi ? »
Et le voilà, notre ruisseau. Un pissadou d’un mètre de large, pour une profondeur abyssale d’environ vingt centimètres. Hop, un ariégeois, ça a toujours ce qu’il faut dans la veste. Une pochette d’hameçons qui ressemblait à du 12, une vieille bobine de tortue marquée 16 centièmes, et quelques petits plombs qui traînaient… une branche improvisée, et en avant pompon !
« Laisse-moi faire le nœud sur l’hameçon !
-Tu sais faire un nœud sur un hameçon, toi ? Tu es moins con que tu en as l’air, alors… tu pêches ?
-Et oui, je pêche. La carpe, la tanche, l’anguille, la friture, et même le brochet, quoi. Depuis tout petit.
-Ah ben ça alors ! Vas-y, je cherche un appât.
-J’ai vu plein de chenilles, sur les arbres.
-Décidément, tu pourrais même être presque intelligent. Pour un gars de la plaine, c’est étonnant… tiens, en voici une sur l’hameçon, après toi.
-Mais je n’en ferais rien, je veux voir un pyrénéen à l’œuvre, je ne sais pas pêcher la truite.
-Bon. On va essayer. Tu vois le petit virage, au dessus ? Le courant a creusé la berge, dessous. Il doit y avoir une truite. Donc, il faut sans se faire voir poser la ligne un petit mètre en amont, comme ceci, laisser faire le courant qui amène l’appât sous la berge et… voilà, elle y est.
Un monstre de 16cm noir comme un corbeau gigotait au bout de la ligne, pendant que « ma gueule » ne cessait de répéter comme un perroquet :
« Ah ben merde alors, ah ben merde alors !
-Allez, à toi d’essayer. Cette fois ci, tu vas poser ta ligne un mètre en amont du caillou qui émerge, là. Et planque-toi ! Laisse faire le courant en contrôlant. »
Notre « ma gueule » exécuta la consigne à la perfection, j’ai d’ailleurs vu dès le posé que ce n’était pas la première fois que le lascar devait tenir une canne -ou assimilé car ici c’était une branche- dans les mains.
Et c’est ainsi qu’il prit ça première fario, un autre monstre d’une quinzaine de centimètres, aussi noire d’ailleurs que la précédente !
Son cent troisième « Ah ben merde alors, ah ben merde alors ! » prouvait définitivement que notre Orléanais était aussi piqué par cette pêche que la truite précédemment citée. D’ailleurs, il continua derechef, et ne s’arrêta qu’une bonne dizaine de cantignolles plus tard, après s’être fait enrhumé par quelques unes qui devaient faire la maille !

Comme quoi… c’est sympa, la vie. Je venais d’apprendre la pêche de la truite en plein service militaire à un gars de la plaine, un pêcheur de poisson blanc !
Alors le soir en camp, je lui parlais de mes Pyrénées. Des torrents et des quelques étangs de montagne (en Ariège on ne dit pas lac, mais étang) dans lesquels je pêchais. Comment était le village où j’avais grandi. « Ma gueule » écoutait attentivement, notamment lorsque je lui décrivais la robe des truites, différente à cause du mimétisme mais aussi suivant les rivières.

« Ma foi, à la prochaine perm, si cet abruti d’adjudant ne nous met pas 4 jours comme la dernière fois, tu viens passer le week-end dans les Pyrénées.
-Il faut tout de même que je demande à ma femme…
-Tu es marié ?
-Et oui, et nous avons même une gamine. Et malgré ça, je suis ici. Cette bande d’ânes du bureau de recrutement n’ont pas voulu me réformer. Et comme j’avais envie de faire quelques sauts, je me suis retrouvé chez les paras. »
Ce coup-ci, c’était mon tour de penser tout bas « ah ben merde alors » ! Comment une femme a t’elle bien pu unir sa vie avec un être aussi peu aidé physiquement par la nature ? Et si jeune, en plus ? Lorsque les collègues de la section l’apprirent, les plaisanteries sont allées bon train… il l’a envouté, elle est aveugle, ou bien d’autre pseudos explications aussi fines que grasses, largement placées sous la ceinture haha-haha et dont je vous ferais grâce, car du niveau « à vingt ans chez les bidasses on est très intelligent. »
N’empêche… qu’il ne se passait pas une seule journée de rigolade en pensant à la femme de « Ma gueule » ! Une véritable mine inépuisable de co…eries aussi diverses que variées...

« Ma gueule », après un week-end à pêcher la truite en Pyrénées, se sentit redevable. Il m’invita donc dans Loiret, afin de me montrer sa petite famille, et aussi histoire d’aller taquiner la tanche dans un étang proche de chez lui…
Je vous avoue que sur le coup, le fait de pêcher la tanche au posé ne m’enchantait guère… mais j’allais pouvoir enfin voir Madame « Ma gueule » ! Ici également, je vous passe à nouveau le nombre de plaisanteries très douteuses qui s’ensuivirent.

Arrivés en gare d’Orléans, je prétextais des cigarettes à acheter, et je revenais nanti d’un joli bouquet d’œillets pour madame…
Et c’est à ce moment que je découvrais enfin la question que tout le monde se posait au régiment, à savoir comment était madame « Ma gueule » ?
Et bien mes cadets, je n’ai pas été déçu ! Car grâce à elle, j’ai enfin pu trouver quelque chose d’esthétique dans son mari… comment vous dire ? Difficile de vous la décrire avec des mots, je vais cependant essayer :
Madame « Ma gueule » était tout d’abord aussi simple et gentille que son mari, ce qui est bien sûr à souligner. Mais alors… des yeux chassieux, (et non pas chiasseux mais nous ne sommes pas loin) une allure générale de vieille pie, ou plutôt de corneille, des jambes encore plus maigres et cagneuses que celles de son mari, un chignon absolument ridicule, une tête ingrate à condition de pouvoir la deviner derrière son immense nez. « Ma gueule » à coté, était un véritable Apollon ! J’en failli même sur le coup en pousser un hurlement d ‘effroi… que la politesse me fit retenir !
Il me tardait vraiment de pêcher la tanche au posé…
Et pourtant… il se dégageait de cette créature insolite un cœur, un charme, oui un charme, grâce à une voix suave, et surtout par sa conversation très surprenante de qualité.
« Et tu vas voir notre petite, Jeff, elle a déjà 4 ans. »
Non de dieu, me suis-je dit. Il faut que je m’accroche ! Que vais-je voir maintenant ? Quoique moins par moins, les mathématiciens prétendent que ça fait plus…
Et bien oui, ça faisait plus… la petite qui m’a appelé d’entrée Jeff, car son père avait du lui parler de moi, est de suite montée sur mes genoux pour un super « adada sur mon bidet et prout et prout » (elle faisait de l’équitation) me posant mille et une question sur mon béret, mon accent, les montagnes, la neige, les poissons, et les chevaux de Mérens… à quatre ans, elle savait déjà lire et écrire, et avait sans problème le niveau intellectuel d’un enfant de 8 ans !
Et surtout, surtout, gentille à croquer ! De longs cheveux blonds bouclés, des yeux noisette pétillants d’intelligence et d’envie d’apprendre, la réussite totale ! Elle ressemblait à ses parents, mais en beau !
Je passais une soirée délicieuse en leur compagnie, et in fine, l’envie de pêcher la tanche m’avait passée car c’est à regret que l’on me montra ma chambre, il fallait se lever tôt.

La partie de pêche terminée, (je ne suis vraiment pas un spécialiste de la tanche) et lorsque le moment de se dire au revoir fut venu, la petite se mit à pleurer… je lui promis alors de revenir avec un joli cadeau des Pyrénées.

Comment vont les choses ? Nos obligations militaires terminées quelques mois plus tard nous séparèrent, « Ma gueule et moi ». Mais nous correspondions toujours assez régulièrement, internet n’existait pas à l’époque. Il m’envoyait des photos de ses prises, je me souviens bien d’un brochet dépassant le mètre dix et avoisinant les dix kilos, ainsi qu’une carpe du même poids. Il lui tardait également de venir avec sa famille en Pyrénées, où bien sûr il était invité.

Un peu plus de deux ans après la quille, je devais me rendre à Paris pour une manifestation sportive. L’occasion rêvée pour s’arrêter à Orléans à l’improviste, et amener le cadeau pour la petite ! J’avais fait faire à mon parrain un petit cheval de Mérens sculpté en bois, avec un harnais en cuir et des jolis petits clous dorés.
Arrivé devant la porte de son appartement, je sonnais. Personne. J’insistais, en frappant fortement à la porte. Rien. De l’appartement d’en face, une dame sortit. Je lui demandais où était « Ma gueule »…
« Comment ? Vous ne savez pas ? Sa femme est morte brusquement il y a trois mois, il était comme fou. Je crois qu’il a tenu uniquement à cause de la petite… il est parti l’enterrer dans son village en limousin, et il n’est plus revenu. Il paraît qu’il a loué une propriété et qu’il est devenu paysan. Il paraît aussi que la petite est inconsolable, et qu’ils vont tous les jours apporter des fleurs…
-Merci, au revoir madame. »
Je descendis alors les escaliers, mes jambes ne tenaient plus. J’aurais voulu demander des précisions à cette voisine, mais je n’ai pas pu. Et pour qu’il ne m’envoie même pas une lettre pendant ces trois derniers mois, il devait vraiment être anéanti…

Je réalisai alors à quel point « Ma gueule » et sa femme, ces deux êtres infortunés par la chance, avaient pu s‘aimer… et avaient connu un bonheur simple et émouvant malgré ce formidable handicap esthétique, cette ingratitude dont fait parfois preuve la nature.

C’est alors que des images me traversèrent la tête. La trouille commune au premier saut en parachute, la formidable partie de pêche dans ce ruisseau du Quercy, puis en Pyrénées, et toutes les autres sur le plateau de Millevaches du coté de la Courtine, où « Ma gueule » avait beaucoup progressé… le charme et la gentillesse extraordinaire de sa femme, malgré sa disgrâce esthétique. Ainsi que cet amour de petite… alors pour que ces merveilleuses images continuent à me traverser la tête, j’écris…


Mais en ouvrant mon tiroir, je vois ce petit cheval de Mérens en bois. Il est là, pitoyable et dérisoire, avec un clou doré en moins…






..... franchement .... t'as pas plus court comme histoire ??

nan parceque là il me faut 3 plombes pour tout lire !! tongue Laughing
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Re: rien

Message par Tatudo le Mer 2 Mar 2011 - 23:50

Magnifique
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Re: rien

Message par Xavier le Jeu 3 Mar 2011 - 2:20

JOS a écrit:
JFB a écrit:Je l’avais connu au service militaire. «Ma gueule», car je le surnommais ainsi, était de la même classe que la mienne, nous étions dans la même chambrée.
Faire quatre mois de classes dans un régiment de parachutiste, ça crée parfois des liens…
«Ma gueule» n’était pas comme moi originaire des Pyrénées. Au contraire même, puisqu’il était du Loiret, un pays aussi plat que le nord de la Belgique… comme je lui disais souvent, il faut être fou pour appeler une immense plaine la Beauce… faut être du Loiret, quoi !
Et malgré le fait qu’il était de la plaine, passer une semaine en camp sous la tente et crapahuter dans des pentes sévères ne le gênait pas du tout.
C’est que «Ma gueule» était taillé comme un câble de frein, mais sans la gaine. Un mètre soixante, cinquante kilos, six de tension et trois Newtons. Les jours de grand vent, lui remplir les poches de plomb aurait pu être nécessaire… « Coup de vent sur le Loiret ou de forts envols de «Ma gueule» sont à craindre !… »
Bref vous l’avez compris, il n’était pas très costaud, lou type. Par contre, dès qu’il lui fallait escalader sue une échelle de corde, ou construire un pont de singe sur le tarn avec 50 mètres de vide car nous étions dans le génie parachutiste, il était redoutable.
Mais plus que tout, comment vous dire ? «Ma gueule» était… laid. Il avait vraiment une bouille d’enfer… des oreilles décollées à en faire pâlir le prince Charles, un nez qui n’aurait pas été ridicule comparé à celui de Cyrano, le dos voûté, les ratiches en éventail, et pour couronner le tout, des jambes cagneuses.
Dans le civil, on aurait pu porter plainte pour disgrâce esthétique… mais vous me direz que dans l’armée, on s’en foutait un peu beaucoup.

Un jour que nous posions en binôme des balises pour l’organisation d’une course d’orientation quelque part dans le haut Quercy, un bruit très familier mais assez lointain me fit stopper net.
« Il y a de l’eau qui coule pas très loin !
-Mais nos gourdes sont pleines !
-A propos de gourde, tu… ta gueule, « ma gueule » ! Laisse-moi écouter d’où ça vient, et passe-moi la carte. »
En effet, il y avait un ruisseau une cinquantaine de mètres en contrebas, mais invisible de là où nous étions.
« On y va !
-Qu’est ce que tu veux aller y faire ?
-Toi, tu es bien de la Beauce, toi ! Qu’est ce que tu veux aller faire au bord d’un ruisseau, à ton avis ? Comment on dit embaït, chez toi ? »
Et le voilà, notre ruisseau. Un pissadou d’un mètre de large, pour une profondeur abyssale d’environ vingt centimètres. Hop, un ariégeois, ça a toujours ce qu’il faut dans la veste. Une pochette d’hameçons qui ressemblait à du 12, une vieille bobine de tortue marquée 16 centièmes, et quelques petits plombs qui traînaient… une branche improvisée, et en avant pompon !
« Laisse-moi faire le nœud sur l’hameçon !
-Tu sais faire un nœud sur un hameçon, toi ? Tu es moins con que tu en as l’air, alors… tu pêches ?
-Et oui, je pêche. La carpe, la tanche, l’anguille, la friture, et même le brochet, quoi. Depuis tout petit.
-Ah ben ça alors ! Vas-y, je cherche un appât.
-J’ai vu plein de chenilles, sur les arbres.
-Décidément, tu pourrais même être presque intelligent. Pour un gars de la plaine, c’est étonnant… tiens, en voici une sur l’hameçon, après toi.
-Mais je n’en ferais rien, je veux voir un pyrénéen à l’œuvre, je ne sais pas pêcher la truite.
-Bon. On va essayer. Tu vois le petit virage, au dessus ? Le courant a creusé la berge, dessous. Il doit y avoir une truite. Donc, il faut sans se faire voir poser la ligne un petit mètre en amont, comme ceci, laisser faire le courant qui amène l’appât sous la berge et… voilà, elle y est.
Un monstre de 16cm noir comme un corbeau gigotait au bout de la ligne, pendant que « ma gueule » ne cessait de répéter comme un perroquet :
« Ah ben merde alors, ah ben merde alors !
-Allez, à toi d’essayer. Cette fois ci, tu vas poser ta ligne un mètre en amont du caillou qui émerge, là. Et planque-toi ! Laisse faire le courant en contrôlant. »
Notre « ma gueule » exécuta la consigne à la perfection, j’ai d’ailleurs vu dès le posé que ce n’était pas la première fois que le lascar devait tenir une canne -ou assimilé car ici c’était une branche- dans les mains.
Et c’est ainsi qu’il prit ça première fario, un autre monstre d’une quinzaine de centimètres, aussi noire d’ailleurs que la précédente !
Son cent troisième « Ah ben merde alors, ah ben merde alors ! » prouvait définitivement que notre Orléanais était aussi piqué par cette pêche que la truite précédemment citée. D’ailleurs, il continua derechef, et ne s’arrêta qu’une bonne dizaine de cantignolles plus tard, après s’être fait enrhumé par quelques unes qui devaient faire la maille !

Comme quoi… c’est sympa, la vie. Je venais d’apprendre la pêche de la truite en plein service militaire à un gars de la plaine, un pêcheur de poisson blanc !
Alors le soir en camp, je lui parlais de mes Pyrénées. Des torrents et des quelques étangs de montagne (en Ariège on ne dit pas lac, mais étang) dans lesquels je pêchais. Comment était le village où j’avais grandi. « Ma gueule » écoutait attentivement, notamment lorsque je lui décrivais la robe des truites, différente à cause du mimétisme mais aussi suivant les rivières.

« Ma foi, à la prochaine perm, si cet abruti d’adjudant ne nous met pas 4 jours comme la dernière fois, tu viens passer le week-end dans les Pyrénées.
-Il faut tout de même que je demande à ma femme…
-Tu es marié ?
-Et oui, et nous avons même une gamine. Et malgré ça, je suis ici. Cette bande d’ânes du bureau de recrutement n’ont pas voulu me réformer. Et comme j’avais envie de faire quelques sauts, je me suis retrouvé chez les paras. »
Ce coup-ci, c’était mon tour de penser tout bas « ah ben merde alors » ! Comment une femme a t’elle bien pu unir sa vie avec un être aussi peu aidé physiquement par la nature ? Et si jeune, en plus ? Lorsque les collègues de la section l’apprirent, les plaisanteries sont allées bon train… il l’a envouté, elle est aveugle, ou bien d’autre pseudos explications aussi fines que grasses, largement placées sous la ceinture haha-haha et dont je vous ferais grâce, car du niveau « à vingt ans chez les bidasses on est très intelligent. »
N’empêche… qu’il ne se passait pas une seule journée de rigolade en pensant à la femme de « Ma gueule » ! Une véritable mine inépuisable de co…eries aussi diverses que variées...

« Ma gueule », après un week-end à pêcher la truite en Pyrénées, se sentit redevable. Il m’invita donc dans Loiret, afin de me montrer sa petite famille, et aussi histoire d’aller taquiner la tanche dans un étang proche de chez lui…
Je vous avoue que sur le coup, le fait de pêcher la tanche au posé ne m’enchantait guère… mais j’allais pouvoir enfin voir Madame « Ma gueule » ! Ici également, je vous passe à nouveau le nombre de plaisanteries très douteuses qui s’ensuivirent.

Arrivés en gare d’Orléans, je prétextais des cigarettes à acheter, et je revenais nanti d’un joli bouquet d’œillets pour madame…
Et c’est à ce moment que je découvrais enfin la question que tout le monde se posait au régiment, à savoir comment était madame « Ma gueule » ?
Et bien mes cadets, je n’ai pas été déçu ! Car grâce à elle, j’ai enfin pu trouver quelque chose d’esthétique dans son mari… comment vous dire ? Difficile de vous la décrire avec des mots, je vais cependant essayer :
Madame « Ma gueule » était tout d’abord aussi simple et gentille que son mari, ce qui est bien sûr à souligner. Mais alors… des yeux chassieux, (et non pas chiasseux mais nous ne sommes pas loin) une allure générale de vieille pie, ou plutôt de corneille, des jambes encore plus maigres et cagneuses que celles de son mari, un chignon absolument ridicule, une tête ingrate à condition de pouvoir la deviner derrière son immense nez. « Ma gueule » à coté, était un véritable Apollon ! J’en failli même sur le coup en pousser un hurlement d ‘effroi… que la politesse me fit retenir !
Il me tardait vraiment de pêcher la tanche au posé…
Et pourtant… il se dégageait de cette créature insolite un cœur, un charme, oui un charme, grâce à une voix suave, et surtout par sa conversation très surprenante de qualité.
« Et tu vas voir notre petite, Jeff, elle a déjà 4 ans. »
Non de dieu, me suis-je dit. Il faut que je m’accroche ! Que vais-je voir maintenant ? Quoique moins par moins, les mathématiciens prétendent que ça fait plus…
Et bien oui, ça faisait plus… la petite qui m’a appelé d’entrée Jeff, car son père avait du lui parler de moi, est de suite montée sur mes genoux pour un super « adada sur mon bidet et prout et prout » (elle faisait de l’équitation) me posant mille et une question sur mon béret, mon accent, les montagnes, la neige, les poissons, et les chevaux de Mérens… à quatre ans, elle savait déjà lire et écrire, et avait sans problème le niveau intellectuel d’un enfant de 8 ans !
Et surtout, surtout, gentille à croquer ! De longs cheveux blonds bouclés, des yeux noisette pétillants d’intelligence et d’envie d’apprendre, la réussite totale ! Elle ressemblait à ses parents, mais en beau !
Je passais une soirée délicieuse en leur compagnie, et in fine, l’envie de pêcher la tanche m’avait passée car c’est à regret que l’on me montra ma chambre, il fallait se lever tôt.

La partie de pêche terminée, (je ne suis vraiment pas un spécialiste de la tanche) et lorsque le moment de se dire au revoir fut venu, la petite se mit à pleurer… je lui promis alors de revenir avec un joli cadeau des Pyrénées.

Comment vont les choses ? Nos obligations militaires terminées quelques mois plus tard nous séparèrent, « Ma gueule et moi ». Mais nous correspondions toujours assez régulièrement, internet n’existait pas à l’époque. Il m’envoyait des photos de ses prises, je me souviens bien d’un brochet dépassant le mètre dix et avoisinant les dix kilos, ainsi qu’une carpe du même poids. Il lui tardait également de venir avec sa famille en Pyrénées, où bien sûr il était invité.

Un peu plus de deux ans après la quille, je devais me rendre à Paris pour une manifestation sportive. L’occasion rêvée pour s’arrêter à Orléans à l’improviste, et amener le cadeau pour la petite ! J’avais fait faire à mon parrain un petit cheval de Mérens sculpté en bois, avec un harnais en cuir et des jolis petits clous dorés.
Arrivé devant la porte de son appartement, je sonnais. Personne. J’insistais, en frappant fortement à la porte. Rien. De l’appartement d’en face, une dame sortit. Je lui demandais où était « Ma gueule »…
« Comment ? Vous ne savez pas ? Sa femme est morte brusquement il y a trois mois, il était comme fou. Je crois qu’il a tenu uniquement à cause de la petite… il est parti l’enterrer dans son village en limousin, et il n’est plus revenu. Il paraît qu’il a loué une propriété et qu’il est devenu paysan. Il paraît aussi que la petite est inconsolable, et qu’ils vont tous les jours apporter des fleurs…
-Merci, au revoir madame. »
Je descendis alors les escaliers, mes jambes ne tenaient plus. J’aurais voulu demander des précisions à cette voisine, mais je n’ai pas pu. Et pour qu’il ne m’envoie même pas une lettre pendant ces trois derniers mois, il devait vraiment être anéanti…

Je réalisai alors à quel point « Ma gueule » et sa femme, ces deux êtres infortunés par la chance, avaient pu s‘aimer… et avaient connu un bonheur simple et émouvant malgré ce formidable handicap esthétique, cette ingratitude dont fait parfois preuve la nature.

C’est alors que des images me traversèrent la tête. La trouille commune au premier saut en parachute, la formidable partie de pêche dans ce ruisseau du Quercy, puis en Pyrénées, et toutes les autres sur le plateau de Millevaches du coté de la Courtine, où « Ma gueule » avait beaucoup progressé… le charme et la gentillesse extraordinaire de sa femme, malgré sa disgrâce esthétique. Ainsi que cet amour de petite… alors pour que ces merveilleuses images continuent à me traverser la tête, j’écris…


Mais en ouvrant mon tiroir, je vois ce petit cheval de Mérens en bois. Il est là, pitoyable et dérisoire, avec un clou doré en moins…






..... franchement .... t'as pas plus court comme histoire ??

nan parceque là il me faut 3 plombes pour tout lire !! tongue Laughing
merde fait gaffe Jos avec tes copier/coller et citation, j'ai du relire l'histoire de l'ariégeois une deuxième fois....
poutou hein Jeff
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Xavier

Date d'inscription : 12/08/2006

http://www.truitesetrivieres.com

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Re: rien

Message par marco87 le Jeu 3 Mar 2011 - 7:35

ok super
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marco87
rire de macaque

Date d'inscription : 18/01/2009

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Re: rien

Message par pascal le Jeu 3 Mar 2011 - 19:48

Très belle histoire super mais ..............tristounette Sad
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pascal
PONG

Date d'inscription : 18/04/2009

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Re: rien

Message par jojo69 le Mar 15 Mar 2011 - 0:11

C'est touchant de te relire, et ça fait rudement plaisir par les temps qui courent...


JFB a écrit:
Et comme j’avais envie de faire quelques sauts, je me suis retrouvé chez les paras.

Pour un ariégeois, c'était plutôt l'envie d'essayer le bérêt, non ?

JFB a écrit:
mais vous me direz que dans l'armée, on s'en foutait un peu beaucoup

Effectivement, pour que tu te sois retrouvé là, devaient pas être trop regardants... Ok, "ma gueule".

Merci quand même. ok
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jojo69
Barbu n°2

Date d'inscription : 13/03/2009

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Re: rien

Message par Invité le Mar 15 Mar 2011 - 8:54

merci! recit très beau...j'ai adoré! super
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Re: rien

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