Chez Paul
Page 1 sur 2 • Partager •
Page 1 sur 2 • 1, 2 
Chez Paul
Cela faisait longtemps que j'avais envie de partager mes souvenirs avec vous sans oser le faire. c'est le discours de Mario la semaine dernière qui m'a convaincu. Merci à lui donc car même si ma prose est médiocre, ça fait du bien de revivre ces moments et surtout de les partager....
Gourmands !! Vous allez être déçus car ce n’est pas de viennoiseries dont je vais vous parler.
Paul était un petit agriculteur du piémont béarnais. Il habitait avec sa mère une petite ferme au bout d’un cul de sac et à côté d’un bijou de ruisseau. C’est là que j’avais fait mes premières armes de pêcheur sur les pesquits pendant que mes parents donnaient un coup de main pour faner à la main (mes narines s’en souviennent encore !!). Bref nous avions pour habitude avec mon père de faire l’ouverture là, d’abord parce qu’on y faisait pêche mais aussi et surtout pour la tranquilité au bord de ce cours d’eau connu des seuls pêcheurs du village (géoportail n’existait pas encore). Après une matinée à pêcher avec nos petits lancers mais aussi à nettoyer la rivière de toutes les attaques de l’hiver, nous remontions sur le coup de midi pour aller saluer paul. Il était content de nous voir car les visites se faisaient rares et ses apparitions au village tout aussi discrètes. Et puis, nous lui apportions toujours une ou deux truites, pour le remercier de veiller sur le ruisseau et de l’entretenir me disait mon père. Pendant que mon père buvait un coup de blanc dans des verres dont on ne voyait plus le fond et qui aurait fait bondir ma mère, je parfaisais mon apprentissage de la vie à la campagne auprès des veaux de l’année ou de la dernière portée de chatons. C’était aussi l’occasion d’entendre parler béarnais, moi qui l’apprenait tout juste avec ma maîtresse à l’école. Les sujets étaient toujours les mêmes : le rugby, les gens décédés ou ce putain de héron. J’aimais aller là bas, je me sentais plus grand que mes 10 ans voulaient bien me le faire croire….Mais voilà j’ai grandi, mes parents ont déménagé pour aller s’installer dans une usine à retraités et nous avons arrêté d’aller chez Paul. On y est quand même retourné, il y a quelques années. L’atmosphère avait changé. Le ruisseau se résumait à quelques trous encore pêchables, mais il manquait d’eau. Les truites, si belles là bas, se faisaient rares. Et puis sur le coup de midi, quand on est remonté, les chiens ne sont pas venus nous accueillir, nous n’avons pas vu les quelques vaches qui paissaient habituellement autour de la ferme et Paul n’est pas venu à notre rencontre. Il était pourtant bien là, a sa place dans sa cuisine et nous a reçu toujours avec la même gentillesse. Etant devenu un jeune homme, j’ai même eu le droit à participer aux discussions et à ce fameux verre de blanc. La discussion fut moins joyeuse qu’à l’accoutumée. Il avait vendu ses bêtes, sa mère était décédée et lui aussi ne semblait plus vivre que pour mourir. En partant, j’étais à la fois content, ému et triste. Je savais que je ne retournerai jamais chez Paul préférant vivre avec mes souvenirs. Il y a quelques temps, j’ai appris la mort de Paul. Sur le moment pris dans une vie de fou, cette nouvelle ne m’a rien fait. Mais samedi dernier au moment de faire l’ouverture pour la première fois de ma vie de pêcheur sans mon père qui n’a pas pu être à mes côtés, j’ai repensé à Paul et à son ruisseau et j’ai compris qu’avec lui c’est aussi une partie de ma vie qui est partie…et pas la moins heureuse.
Gourmands !! Vous allez être déçus car ce n’est pas de viennoiseries dont je vais vous parler.
Paul était un petit agriculteur du piémont béarnais. Il habitait avec sa mère une petite ferme au bout d’un cul de sac et à côté d’un bijou de ruisseau. C’est là que j’avais fait mes premières armes de pêcheur sur les pesquits pendant que mes parents donnaient un coup de main pour faner à la main (mes narines s’en souviennent encore !!). Bref nous avions pour habitude avec mon père de faire l’ouverture là, d’abord parce qu’on y faisait pêche mais aussi et surtout pour la tranquilité au bord de ce cours d’eau connu des seuls pêcheurs du village (géoportail n’existait pas encore). Après une matinée à pêcher avec nos petits lancers mais aussi à nettoyer la rivière de toutes les attaques de l’hiver, nous remontions sur le coup de midi pour aller saluer paul. Il était content de nous voir car les visites se faisaient rares et ses apparitions au village tout aussi discrètes. Et puis, nous lui apportions toujours une ou deux truites, pour le remercier de veiller sur le ruisseau et de l’entretenir me disait mon père. Pendant que mon père buvait un coup de blanc dans des verres dont on ne voyait plus le fond et qui aurait fait bondir ma mère, je parfaisais mon apprentissage de la vie à la campagne auprès des veaux de l’année ou de la dernière portée de chatons. C’était aussi l’occasion d’entendre parler béarnais, moi qui l’apprenait tout juste avec ma maîtresse à l’école. Les sujets étaient toujours les mêmes : le rugby, les gens décédés ou ce putain de héron. J’aimais aller là bas, je me sentais plus grand que mes 10 ans voulaient bien me le faire croire….Mais voilà j’ai grandi, mes parents ont déménagé pour aller s’installer dans une usine à retraités et nous avons arrêté d’aller chez Paul. On y est quand même retourné, il y a quelques années. L’atmosphère avait changé. Le ruisseau se résumait à quelques trous encore pêchables, mais il manquait d’eau. Les truites, si belles là bas, se faisaient rares. Et puis sur le coup de midi, quand on est remonté, les chiens ne sont pas venus nous accueillir, nous n’avons pas vu les quelques vaches qui paissaient habituellement autour de la ferme et Paul n’est pas venu à notre rencontre. Il était pourtant bien là, a sa place dans sa cuisine et nous a reçu toujours avec la même gentillesse. Etant devenu un jeune homme, j’ai même eu le droit à participer aux discussions et à ce fameux verre de blanc. La discussion fut moins joyeuse qu’à l’accoutumée. Il avait vendu ses bêtes, sa mère était décédée et lui aussi ne semblait plus vivre que pour mourir. En partant, j’étais à la fois content, ému et triste. Je savais que je ne retournerai jamais chez Paul préférant vivre avec mes souvenirs. Il y a quelques temps, j’ai appris la mort de Paul. Sur le moment pris dans une vie de fou, cette nouvelle ne m’a rien fait. Mais samedi dernier au moment de faire l’ouverture pour la première fois de ma vie de pêcheur sans mon père qui n’a pas pu être à mes côtés, j’ai repensé à Paul et à son ruisseau et j’ai compris qu’avec lui c’est aussi une partie de ma vie qui est partie…et pas la moins heureuse.

Invité- Invité
Re: Chez Paul
Très émouvant et plein de nostalgie
J'aime beaucoup
J'aime beaucoup

--------------------------------
Papi Claude

papi claude- Date d'inscription: 04/08/2008
Re: Chez Paul
Cela faisait longtemps que j'avais envie de partager mes souvenirs avec
vous sans oser le faire. c'est le discours de Mario la semaine dernière
qui m'a convaincu. Merci à lui donc car même si ma prose est médiocre,
ça fait du bien de revivre ces moments et surtout de les partager....
1- Et bien tout d'abord, merci à Mario de t'avoir convaincu. Mais je ne savais pas qu'il faisait des discours, le bougre !
2- Ta prose n'est en aucun cas médiocre.
3- Et oui, revivre et partager... certains ont compris que c'était aussi ça, la pêche. Et que les jeunes qui nous lisent doivent savoir.
Donc bing, un de plus pour TER3 !

Invité- Invité
Re: Chez Paul
C'est la seconde fois que je le lis et il est toujours émouvant. 


toto12- Date d'inscription: 30/01/2007
Re: Chez Paul
génial!tuas bien fait de te laisser convaincre!
merci pour le partage de ce moment de vie!
merci pour le partage de ce moment de vie!
--------------------------------
pluie en montagne,route mouillée!
qui a bu, aboiera!
http://cid-8158e27a13d585ac.photos.live.com/
Re: Chez Paul
Superbe texte , c'est bizarre mais il me semble que c'est avec Crédric que avions évoqué des souvenirs de pêche .... bizarre

Invité- Invité
Re: Chez Paul
mario65 a écrit:Superbe texte , c'est bizarre mais il me semble que c'est avec Crédric que avions évoqué des souvenirs de pêche .... bizarre
T'étais encore saoul comme un cochon tafiole !!
Non effectivement, c'est avec Ced que tu avais évoqué le sujet mais j'écoutais et ce que tu disais m'a convaincu...
et puis pour une fois que tu disais autre chose que des conneries j'étais tout ouïe!!


Invité- Invité
Re: Chez Paul
c'est pas alain ça !!!!!
une si belle histoire
merci en tout cas .
une si belle histoire
merci en tout cas .
bat65- Date d'inscription: 30/04/2008
Re: Chez Paul
C'est toujours très émouvant de lire des textes comme ça....
Merci beaucoup !
Merci beaucoup !

alma31- Grand penjarol toulousain
- Date d'inscription: 20/03/2009
Page 1 sur 2 • 1, 2 
Page 1 sur 2
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum







