A mon père
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A mon père
C'etait un temps ou les paysans n'étaient pas tout à fait devenus des agriculteurs, un temps ou les rivières lauragaises étaient bordées de prairies odorantes et de garennes grouillantes de vie. C'était un temps ou tel une corne d'abondance chaque trou d'eau serti dans les ajoncs, regorgeait de chevesnes ventrus, de sofies aux éclats de pleine lune et de gougeons mordorés. C'était un temps ou tout "bon coin" avait ses habitués du dimanche quand la Saune ou le Girou se donnaient des airs de bord de Marne. C'était le temps de mon enfance, celui de l'insouciance, c'était le bon temps!
Quarante années plus tard je me souviens avec une étonnante précision de ma première prise, comme je me souviens avec la meme émotion de mon premier baiser, celui "pour de vrai" quand on met la langue et que les frissons affluent lelong de la colonne vertébrale et plus loin encore.
Mon premier poisson fut une truite, mais n'y voyez en aucun cas l'oeuvre prometteuse d'un élève doué et encore moins les prémices d'une grande carrière halieutique.
Je n'avais pas encore 9 ans lorsque mon père me mit pour la première fois un matin de juin un bambou entre les mains. Auparavant je l'avais quelques fois accompagné, mais pecher était une toute autre histoire. Trop loin, trop profond, trop gamin.. meme pour la "blanchaille", quant à la truite...
Cette matinée ne fut en vérité qu'une succession de noeuds et de casses. Je m'étais fait une raison et pendant que l'idole, tel un métronome, remplissait sa bourriche, je me dirigeais inexorablement vers un capot net et sans bavures. Dépité j'avais fini par abandonner ma gaule sur une petite fourche de bois laissant dériver mon gros bouchon rouge au gré des remous.
L'épisode glorieux survint lorsque l'heure fut venue de plier le matériel. Carrément soulagé je dois l'avouer, je me saisis du bambou et....sentis au bout de celui-ci les à coups puissants et nerveux de quelque chose qui ne pouvait etre qu'un poisson. Incroyablement mon lombric avait trouvé preneur!!
Le crin sur lequel mon père avait monté l'hameçon aurait pu supporter une enclume et je n'eus meme pas le temps de paniquer que le monstre se débattait sur le pré! Une truite! C'est une fario! cria mon pére. J'étais médusé et au comble de l'émotion, le coeur pret à jaillir de ma jeune poitrine.
Que faisait elle là cette truite? D'ou venait elle? Si loin des pyrénées, dans cette rivière de plaine, paisible et presque indolente, il y avait à peu pres autant de chances de piquer une fario que de croiser un tigre place du Capitole!
Je n'ai jamais résolu cette ébigme, mais ce qui est certain, c'est que c'est ce jour là, à cette seconde précise que je suis devenu, et pour le restant de mes jours, un pecheur de truites.
Aujourd'hui, je me revois encore déposer avec un luxe de précautions infini ce poisson magique dans le vieux panier hérité de mon grand père, y ajoutant cette solennité inhérente à tout acte fondateur.
Pour cela, je n'aurai de cesse de remercier mon père.
Quarante années plus tard je me souviens avec une étonnante précision de ma première prise, comme je me souviens avec la meme émotion de mon premier baiser, celui "pour de vrai" quand on met la langue et que les frissons affluent lelong de la colonne vertébrale et plus loin encore.
Mon premier poisson fut une truite, mais n'y voyez en aucun cas l'oeuvre prometteuse d'un élève doué et encore moins les prémices d'une grande carrière halieutique.
Je n'avais pas encore 9 ans lorsque mon père me mit pour la première fois un matin de juin un bambou entre les mains. Auparavant je l'avais quelques fois accompagné, mais pecher était une toute autre histoire. Trop loin, trop profond, trop gamin.. meme pour la "blanchaille", quant à la truite...
Cette matinée ne fut en vérité qu'une succession de noeuds et de casses. Je m'étais fait une raison et pendant que l'idole, tel un métronome, remplissait sa bourriche, je me dirigeais inexorablement vers un capot net et sans bavures. Dépité j'avais fini par abandonner ma gaule sur une petite fourche de bois laissant dériver mon gros bouchon rouge au gré des remous.
L'épisode glorieux survint lorsque l'heure fut venue de plier le matériel. Carrément soulagé je dois l'avouer, je me saisis du bambou et....sentis au bout de celui-ci les à coups puissants et nerveux de quelque chose qui ne pouvait etre qu'un poisson. Incroyablement mon lombric avait trouvé preneur!!
Le crin sur lequel mon père avait monté l'hameçon aurait pu supporter une enclume et je n'eus meme pas le temps de paniquer que le monstre se débattait sur le pré! Une truite! C'est une fario! cria mon pére. J'étais médusé et au comble de l'émotion, le coeur pret à jaillir de ma jeune poitrine.
Que faisait elle là cette truite? D'ou venait elle? Si loin des pyrénées, dans cette rivière de plaine, paisible et presque indolente, il y avait à peu pres autant de chances de piquer une fario que de croiser un tigre place du Capitole!
Je n'ai jamais résolu cette ébigme, mais ce qui est certain, c'est que c'est ce jour là, à cette seconde précise que je suis devenu, et pour le restant de mes jours, un pecheur de truites.
Aujourd'hui, je me revois encore déposer avec un luxe de précautions infini ce poisson magique dans le vieux panier hérité de mon grand père, y ajoutant cette solennité inhérente à tout acte fondateur.
Pour cela, je n'aurai de cesse de remercier mon père.

pure malt- Date d'inscription: 14/02/2010

papi claude- Le doyen

- Date d'inscription: 04/08/2008
Re: A mon père
trés beau recit , un régal a lire et comme quoi il suffit de pas grand chose pour devenir pecheur de truite , une belle émotion et c'est parti pour la vie , merci pure malt 

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Le verbe aimer n'est pas facile a conjuguer: son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur toujours conditionnel.
Jean Cocteau
Lacs et pics des vallées d'Aure et Louron
Re: A mon père
Superbe récit


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"Quand le dernier arbre sera abattu,quand la dernière rivière sera empoisonnée,quand le dernier poisson sera pêché,alors l'homme s'apercevra que l'argent ne se mange pas."
Géronimo (1819-1909)

mario65- Têtes à bèret
- Date d'inscription: 28/01/2007
Re: A mon père
TER 3 sera à mon avis un bon cru 

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visitez mon blog ici..
http://moucheur38.free.fr/wordpress/index.php
visitez mon aappma ici ..
http://pecheursduhautguiers.free.fr/
"Je ne bois pas d'eau parce que les poissons font caca dedans ..."
"Dans le vin il y a la sagesse, dans la bière il y a la liberté, et dans l'eau des bactéries"
Re: A mon père
J'ai hâte de le voir ce TER 3. Peut être qu'on l'aura pour la rencontre? 
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Papy Claude

papi claude- Le doyen

- Date d'inscription: 04/08/2008
Re: A mon père
c'est toujours un peu les mêmes histoires finalement,les anciens qui apprennent aux plus jeunes et ainsi de suite depuis la nuit des temps ......mais qu'est ce qu'elles sont belles ! 

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pluie en montagne,route mouillée!
qui a bu, aboiera!
http://cid-8158e27a13d585ac.photos.live.com/
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