Bientôt...le mois de mars
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Bientôt...le mois de mars
Le mois de mars…
On peut penser que pour nous, pêcheurs dans l’âme, le sujet soit convenu : mars, c’est un départ au petit matin vers la rivière, dans le froid, les gestes malhabiles et pourtant souvent répétés des semaines auparavant, les difficultés pour épingler un ver, nouer une cuiller alors que le jour pointe à peine, la tension qui monte, et enfin le premier lancer… celui qui augure d’une longue saison qui s’ouvre à peine dans le chant flûté de la grive musicienne et le clapotis de l’eau…
Il y a quelque temps, je me demandais pourquoi j’aimais le mois de mars, pourquoi je lui ai toujours accordé une si grande importance, alors que, né en décembre, rien ne m’a plus ravi que la neige en abondance sur les sommets de la Layrisse et du Luchonnais !
En fait, tout est histoire de ressenti, et de la trace des souvenirs, sons, parfums, couleurs…
Alors, je repars dans le passé, une fois de plus.
Prenons les sons, par exemple, et fermons les yeux : là, au petit matin, la maison s’active, ma mère allume le poêle, et moi, dans le silence, j’écoute le chant flûté du merle, posé sur le toit du voisin : depuis la pointe du jour, dans le silence du village, il égrène les notes, les trilles se suivent, toutes différentes, rebondissent d’une maison à l’autre.
Blotti sous la couette, je l’écoute sagement et je sais que le changement va commencer.
L’autre nuit, j’entendais au loin la hulotte, un autre oiseau précoce, occupé maintenant par la couvaison, bientôt préoccupé par le nourrissage de ses petits.
Pourtant, la neige est toujours présente sur le massif, il gèle chaque nuit ou presque, mais le soleil de cette fin de février a tôt fait d’égayer les mésanges qui se pressent encore à la mangeoire.
Ecoutez bien les mésanges, bleues ou charbonnières: dans le soleil de l’après-midi, leur chant est plus gai, enjoué même pour notre oreille d’humain, alors que se joue secrètement la possession du nichoir pour les prochaines semaines.
Tous les sons qui nous parviennent nous réconfortent, ils sont les prémices du printemps renouvelé.
Et si j’allais jeter un oeil à la rivière ?
En quelques coups de pédale, me voilà près d’une plage que j’affectionne : l’eau est claire, plutôt basse, et quelques poissons sont postés dans peu d’eau, profitant de quelques larves, de moucherons qui tombent malencontreusement dans la pellicule.
Je prends mon temps, j’observe le manège entre les « belles » et les petites, le coude à coude qui anime ce radier, alors que dans le profond, vient de sortir une mémère !
Quel morceau ! Dans une rivière si pêchée, cette « popoye », ou plutôt cette mémère a encore passé une saison, peut-être cassé une ligne, qui sait…la voilà qui se décale, elle se place dans la veine nourricière, je vois le blanc de sa gueule, on dirait un bécard.
Tout semble serein, mais la tension est montée d’un cran dans le calme de cette plage : les autres poissons semblent figés, la cueillette se fait avec un œil rivé sur le sous-marin qui s’est invité à la table ; mais la nourriture semble lui convenir, et tout ce petit monde grappille des particules invisibles à mes yeux.
Et ce parfum, vous avez senti ce parfum ?
Non pas celui des morilles, qui verront le jour aux vacances de Pâques, mais plutôt ce parfum de feuilles grillées par les gelées, d’herbe mouillée, de cailloux chauffés par les rayons du soleil, de la neige, que parfois je goûte par curiosité, pour sentir ce contact glacé et de cet air froid, polaire certains jours, qui me gèle les mains et m’empêche de bien pêcher !
Cet air pur, froid, a cette odeur « minérale » de la glace qui tombe, par gouttes, des stalactites du toit de la maison lorsque le froid est bien installé.
Dehors, c’est l’odeur de la fumée du feu de bois, ou plus rare, celle du charbon, âcre et tenace.
Le soleil est tombé derrière les montagnes de la Layrisse.
Bientôt les premières étoiles vont apparaître dans le ciel bleu et sombre.
La Nature s’est endormie.
Là bas sous la berge, entre les blocs, la truite ondule doucement dans la froide obscurité de la rivière.
On peut penser que pour nous, pêcheurs dans l’âme, le sujet soit convenu : mars, c’est un départ au petit matin vers la rivière, dans le froid, les gestes malhabiles et pourtant souvent répétés des semaines auparavant, les difficultés pour épingler un ver, nouer une cuiller alors que le jour pointe à peine, la tension qui monte, et enfin le premier lancer… celui qui augure d’une longue saison qui s’ouvre à peine dans le chant flûté de la grive musicienne et le clapotis de l’eau…
Il y a quelque temps, je me demandais pourquoi j’aimais le mois de mars, pourquoi je lui ai toujours accordé une si grande importance, alors que, né en décembre, rien ne m’a plus ravi que la neige en abondance sur les sommets de la Layrisse et du Luchonnais !
En fait, tout est histoire de ressenti, et de la trace des souvenirs, sons, parfums, couleurs…
Alors, je repars dans le passé, une fois de plus.
Prenons les sons, par exemple, et fermons les yeux : là, au petit matin, la maison s’active, ma mère allume le poêle, et moi, dans le silence, j’écoute le chant flûté du merle, posé sur le toit du voisin : depuis la pointe du jour, dans le silence du village, il égrène les notes, les trilles se suivent, toutes différentes, rebondissent d’une maison à l’autre.
Blotti sous la couette, je l’écoute sagement et je sais que le changement va commencer.
L’autre nuit, j’entendais au loin la hulotte, un autre oiseau précoce, occupé maintenant par la couvaison, bientôt préoccupé par le nourrissage de ses petits.
Pourtant, la neige est toujours présente sur le massif, il gèle chaque nuit ou presque, mais le soleil de cette fin de février a tôt fait d’égayer les mésanges qui se pressent encore à la mangeoire.
Ecoutez bien les mésanges, bleues ou charbonnières: dans le soleil de l’après-midi, leur chant est plus gai, enjoué même pour notre oreille d’humain, alors que se joue secrètement la possession du nichoir pour les prochaines semaines.
Tous les sons qui nous parviennent nous réconfortent, ils sont les prémices du printemps renouvelé.
Et si j’allais jeter un oeil à la rivière ?
En quelques coups de pédale, me voilà près d’une plage que j’affectionne : l’eau est claire, plutôt basse, et quelques poissons sont postés dans peu d’eau, profitant de quelques larves, de moucherons qui tombent malencontreusement dans la pellicule.
Je prends mon temps, j’observe le manège entre les « belles » et les petites, le coude à coude qui anime ce radier, alors que dans le profond, vient de sortir une mémère !
Quel morceau ! Dans une rivière si pêchée, cette « popoye », ou plutôt cette mémère a encore passé une saison, peut-être cassé une ligne, qui sait…la voilà qui se décale, elle se place dans la veine nourricière, je vois le blanc de sa gueule, on dirait un bécard.
Tout semble serein, mais la tension est montée d’un cran dans le calme de cette plage : les autres poissons semblent figés, la cueillette se fait avec un œil rivé sur le sous-marin qui s’est invité à la table ; mais la nourriture semble lui convenir, et tout ce petit monde grappille des particules invisibles à mes yeux.
Et ce parfum, vous avez senti ce parfum ?
Non pas celui des morilles, qui verront le jour aux vacances de Pâques, mais plutôt ce parfum de feuilles grillées par les gelées, d’herbe mouillée, de cailloux chauffés par les rayons du soleil, de la neige, que parfois je goûte par curiosité, pour sentir ce contact glacé et de cet air froid, polaire certains jours, qui me gèle les mains et m’empêche de bien pêcher !
Cet air pur, froid, a cette odeur « minérale » de la glace qui tombe, par gouttes, des stalactites du toit de la maison lorsque le froid est bien installé.
Dehors, c’est l’odeur de la fumée du feu de bois, ou plus rare, celle du charbon, âcre et tenace.
Le soleil est tombé derrière les montagnes de la Layrisse.
Bientôt les premières étoiles vont apparaître dans le ciel bleu et sombre.
La Nature s’est endormie.
Là bas sous la berge, entre les blocs, la truite ondule doucement dans la froide obscurité de la rivière.

fufu31- Date d'inscription: 12/12/2006
Re: Bientôt...le mois de mars
fufu très beau récit encore , je crois que TER 3 n'est pas loin --------------------------------
La sobriété est une hallucination due au manque d'alcool.
Lacs et pics des vallées d'Aure et Louron
Re: Bientôt...le mois de mars
Encore un récit magnifique ! Merci !



Yohan- pêcheur débroussailleur
- Date d'inscription: 14/10/2006
Re: Bientôt...le mois de mars
Merci Fufu
Pour ma part j'ai préféré voir le jour en Mars, 3 jours avant l'ouverture
Comme ça la neige savoyarde a toujours un petit arrière goût de "vas-y redonne moi un tit coup".
Pour ma part j'ai préféré voir le jour en Mars, 3 jours avant l'ouverture
Comme ça la neige savoyarde a toujours un petit arrière goût de "vas-y redonne moi un tit coup".

amerigo- L'americano breton / PING
- Date d'inscription: 19/11/2006
Re: Bientôt...le mois de mars
Merci fufu, je crois que TER3 est en bonne voie avec de tel poètes !
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Je fait ce que je peux !
Re: Bientôt...le mois de mars
Ben voilà pourquoi j'aime tant le printemps aussi ! 


Jibé- Tête de bois
- Date d'inscription: 04/01/2008
Re: Bientôt...le mois de mars
moi aussi j'aime le mois de mars mais je sais pas le dire comme toi! 

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pluie en montagne,route mouillée!
qui a bu, aboiera!
http://cid-8158e27a13d585ac.photos.live.com/
Re: Bientôt...le mois de mars
MARAUD a écrit:moi aussi j'aime le mois de mars mais je sais pas le dire comme toi!
l'important c'est le ressenti, après, l'écrire....c'est pour que chaque lecteur s'y retrouve un peu

fufu31- Date d'inscription: 12/12/2006
Re: Bientôt...le mois de mars
l'important c'est le ressenti ,oui , mais apres il faut etre capable de le transcrire et ça ce n'est pas donner a tout le monde
Dernière édition par Dédé le Jeu 29 Jan - 17:42, édité 1 fois
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La sobriété est une hallucination due au manque d'alcool.
Lacs et pics des vallées d'Aure et Louron
Re: Bientôt...le mois de mars
Salut Fufu, merci pour ton récit plein de petites sensations qui nous touchent tous...vivement le mois de mars.
...a+...José

josélito- el jitano de la mosca
- Date d'inscription: 14/01/2009
Re: Bientôt...le mois de mars
mais si, c'est fastoche.... 
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To vyu ke sin wâ i non laïvre ke se klou.
Tout vieux qui s'en va est un livre qui se ferme.
Re: Bientôt...le mois de mars
Dabord merci Fufu encore un superbe texte. Comme Maraud et Dédé j'aime aussi le mois de mars, j'ai plein de sentiments mais l'encre n'arrive pas à les écrire alors je me régale à vous lire. 

Re: Bientôt...le mois de mars
thierry essaye , pour TER3 
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Lacs et pics des vallées d'Aure et Louron
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