Le petit bouchon
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Le petit bouchon
Celui là, je me l'étais bien gagné, et depuis ce jour là, j'avoue moi aussi en avoir découvert les vertus...
Nouvellement affranchi de la tutelle paternelle (eh oui!, avant mes 14 ans ma mère voulait absolument que mon père accompagne l'imprudent que j'étais), je déjeunais très matinalement dans le silence de la maison avant d'enfourcher mon vélo et de partir avec ma f.i et mon panier en bandoulière vers la Pique.
Le temps, en ce mois d'août est doux et couvert, un temps idéal pour faire pêche, j'attaquerai donc, comme d'habitude, au fromage.
Arrivé au dessus du village, coup d'oeil traditionnel vers "la plage des graviers" (autrement dit en moins romantique la plage sous le dépôt de la DDE)
Une R5 bien matinale s'y est garée elle aussi.
Toujours curieux de voir et d'observer de nouveaux pêcheurs, je m'approche discrètement(sur les gravillons!) et observe ledit pescayre sans qu'il m'ait prêté la moindre attention.
Je me souviens très bien de lui: petit, moustachu et légèrement rondouillet, son sac d'appât lui donne un profil carrément ventru et par des gestes calculés il lance inlassablement dans la coulée en tête de plage sa ligne qui dérive doucement, parfois retenue, et qui dérive, dérive, dérive,... parfois jusqu'à 20 mètres en aval...
Curieux tout celà: il peche avec une fil intérieur de couleur grise (la fameuse "Garbo") et un petit moulinet à lancer, mais il ne pêche pas au toc, alors, alors....
Alors, il ne m'a toujours pas vu, et voilà que sans un bruit, son petit bouchon coule et, dans un éclair, la truite se débat sous l'eau, godillant sans espoir, retenue fermement par ce pescayre qui penche sa canne sur le côté et qui ramène doucement le poisson vers lui, sans un bruit, l'épuise, et le pose délicatement dans son panier.
Curieux comme pas deux, je descends vers lui, légèrement au dessus pour ne pas épouvanter les poissons postés, et lui lance un traditionnel mais convenu "Alors, vous en avez attrapé"?... auquel il répond par sursaut digne d'un braconnier pris la main dans le sac !
Mais notre homme n'est pas de ce genre là, juste un honnête pêcheur plutôt sympathique qui me répond timidement par un large sourire en ouvrant un panier déjà garni d'une dizaine de belles truites: il aura réusssi son effet tant mes yeux de jeune pêcheur, abonné aux capots et aux rares truites ramenées à la maison, se sont écarquillés ce jour là !! Ah oui, j'avais oublié de préciser qu'à cette époque, la maille était à 18 cm et le nombre de poissons à 20 par jour, ceci expliquant cela...
Notre pêcheur est affable et de suite la conversation s'installe: il vient de louer une maison au village, vient de Toulouse, et pêche la Pique depuis quelques jours, ravi de voir une aussi belle population de truites...finissant allègrement dans son panier depuis le début de ses vacances, ravissant son épouse et quelques voisins !
Mais, pendant la discussion, je ne peux quitter du regard sa ligne, et plus précisément un espèce de bouchon que je n'ai jamais vu et qui, comment dirais-je, me fascine, m'obsède, m'hypnotise....
Notre pêcheur l'a bien remarqué et comme, pour ainsi dire, protéger son "secret", il se tourne discrètement vers la rivière au moment de vérifier l'état de son asticot ou de règler la profondeur de sa ligne...
J'ai bien vu son manège et me voilà bien couillon, moi qui voulait percer ce nouveau mystère...
Quel coquin !
Oh, je m'empêche bien de montrer que je sais qu'il sait ce que j'ai deviné, mais bon, tout de même, me faire des cachotteries, à moi, si petit et si modeste pêcheur !
La discussion continue donc sur mes piètres résultats de débutant, mes déboires, ce qui le fait sourire mais le retient bien de me livrer une miette de son secret...que je percerai bientôt, mais attendons plutôt la fin de l'histoire...Sourira bien qui sourira le dernier !!
Pendant ce bavardage, le voilà qui accroche un beau poisson, cette fois-ci le long des dalles de la rive d'en face, impêchables au toc avec ces eaux si basses, mais si facilement à la portée de ce nouveau grand pescayre, la terreur des plages et des gouffres de ma chère rivière !
Le poisson, toujours de la même manière, est ramené doucement vers la berge, mais au moment de l'épuiser se décroche sur un coup de tête, et la ligne détendue si brutalement, de s'empéguer dans les branches d'un saule surplombant...
Notre homme est d'autant plus perturbé par la perte de sa ligne que par celle de son poisson, et, n'en voulant faire trop, se contente de tirer sèchement pour faire descendre la pelote de Phildar suspendue deux mètres plus haut !
Aaaaah, cher saule, que ne t'ai je remercié à ce moment là, toi qui retenait ce secret dans l'entrelac de tes branches, pliant mais ne rompant, m'offrant la chance de percer un secret si bien gardé...
Je me retenais de rire devant la colère froide qui envahissait notre pescayre et dont le calme fut si rapidement mis à l'épreuve par une modeste branche innocement jetée sur la rivière.
La suite, vous vous en doutez, tourna à l'avantage de notre feuillu, et le pescayre dû se résoudre à râler doucement contre ces arbres, "mais ce n'est pas grave, j'en ai fait la provision en passant à Muret chez mon détaillant" et joignant le geste à la parole, plia sa canne et prit congé "à bientôt peut être".
Je le saluais, tout en implorant que sa "maladresse" reste encore quelques temps suspendue dans les airs.
Je retournais donc l'après-midi, armé d'une scie, et en grimpant dans l'arbre, décrochais fébrilement ce montage: le bouchon, petit et très léger, en balsa, semblait avoir été quasiment taillé et façonné à la main, comportant une tige sur le haut et bas, le fil le contournant en étant pris dans des bagues, quelques petits plombs venant le stabiliser au dessous; le fil était très fin, les plombs très petits, et l'hameçon, n'en parlons pas, devait servir à pêcher le gardon...ou le vairon !
J'étudiais donc patiemment le moyen de me procurer tout ce matériel et tentait moi aussi de pêcher avec cette méthode, mais ma f.i. coulissait moins que la sienne et mon Ritma ne m'autorisait pas de si jolies dérives, et ce qui devait arriver arriva: la ligne, un jour, se retrouva par le fond, emportant le petit bouchon vers son ultime demeure. Mes efforts pour le récupérer furent vains.
Je repris donc le chemin du toc, non sans essayer parfois de pêcher les plages avec les bouchons et les hameçons les plus petits que je pouvais trouver, ayant quelques succès de ci de là.
Plus tard, croisant à nouveau notre toulousain, celui-ci me demanda si j'avais fait bonne pêche et me fit remarquer, d'un ton amusé, que son bouchon aérien, perdu à la plage des graviers, avait du retrouver le plancher des vaches, ce à quoi je répondis que le courant l'aura emporté, le courant d'air bien sûr...
Bon joueur et pas bégueule, il ramena sa ligne, et sans se tourner, sortit de son panier... un petit bouchon !
Nouvellement affranchi de la tutelle paternelle (eh oui!, avant mes 14 ans ma mère voulait absolument que mon père accompagne l'imprudent que j'étais), je déjeunais très matinalement dans le silence de la maison avant d'enfourcher mon vélo et de partir avec ma f.i et mon panier en bandoulière vers la Pique.
Le temps, en ce mois d'août est doux et couvert, un temps idéal pour faire pêche, j'attaquerai donc, comme d'habitude, au fromage.
Arrivé au dessus du village, coup d'oeil traditionnel vers "la plage des graviers" (autrement dit en moins romantique la plage sous le dépôt de la DDE)
Une R5 bien matinale s'y est garée elle aussi.
Toujours curieux de voir et d'observer de nouveaux pêcheurs, je m'approche discrètement(sur les gravillons!) et observe ledit pescayre sans qu'il m'ait prêté la moindre attention.
Je me souviens très bien de lui: petit, moustachu et légèrement rondouillet, son sac d'appât lui donne un profil carrément ventru et par des gestes calculés il lance inlassablement dans la coulée en tête de plage sa ligne qui dérive doucement, parfois retenue, et qui dérive, dérive, dérive,... parfois jusqu'à 20 mètres en aval...
Curieux tout celà: il peche avec une fil intérieur de couleur grise (la fameuse "Garbo") et un petit moulinet à lancer, mais il ne pêche pas au toc, alors, alors....
Alors, il ne m'a toujours pas vu, et voilà que sans un bruit, son petit bouchon coule et, dans un éclair, la truite se débat sous l'eau, godillant sans espoir, retenue fermement par ce pescayre qui penche sa canne sur le côté et qui ramène doucement le poisson vers lui, sans un bruit, l'épuise, et le pose délicatement dans son panier.
Curieux comme pas deux, je descends vers lui, légèrement au dessus pour ne pas épouvanter les poissons postés, et lui lance un traditionnel mais convenu "Alors, vous en avez attrapé"?... auquel il répond par sursaut digne d'un braconnier pris la main dans le sac !
Mais notre homme n'est pas de ce genre là, juste un honnête pêcheur plutôt sympathique qui me répond timidement par un large sourire en ouvrant un panier déjà garni d'une dizaine de belles truites: il aura réusssi son effet tant mes yeux de jeune pêcheur, abonné aux capots et aux rares truites ramenées à la maison, se sont écarquillés ce jour là !! Ah oui, j'avais oublié de préciser qu'à cette époque, la maille était à 18 cm et le nombre de poissons à 20 par jour, ceci expliquant cela...
Notre pêcheur est affable et de suite la conversation s'installe: il vient de louer une maison au village, vient de Toulouse, et pêche la Pique depuis quelques jours, ravi de voir une aussi belle population de truites...finissant allègrement dans son panier depuis le début de ses vacances, ravissant son épouse et quelques voisins !
Mais, pendant la discussion, je ne peux quitter du regard sa ligne, et plus précisément un espèce de bouchon que je n'ai jamais vu et qui, comment dirais-je, me fascine, m'obsède, m'hypnotise....
Notre pêcheur l'a bien remarqué et comme, pour ainsi dire, protéger son "secret", il se tourne discrètement vers la rivière au moment de vérifier l'état de son asticot ou de règler la profondeur de sa ligne...
J'ai bien vu son manège et me voilà bien couillon, moi qui voulait percer ce nouveau mystère...
Quel coquin !
Oh, je m'empêche bien de montrer que je sais qu'il sait ce que j'ai deviné, mais bon, tout de même, me faire des cachotteries, à moi, si petit et si modeste pêcheur !
La discussion continue donc sur mes piètres résultats de débutant, mes déboires, ce qui le fait sourire mais le retient bien de me livrer une miette de son secret...que je percerai bientôt, mais attendons plutôt la fin de l'histoire...Sourira bien qui sourira le dernier !!
Pendant ce bavardage, le voilà qui accroche un beau poisson, cette fois-ci le long des dalles de la rive d'en face, impêchables au toc avec ces eaux si basses, mais si facilement à la portée de ce nouveau grand pescayre, la terreur des plages et des gouffres de ma chère rivière !
Le poisson, toujours de la même manière, est ramené doucement vers la berge, mais au moment de l'épuiser se décroche sur un coup de tête, et la ligne détendue si brutalement, de s'empéguer dans les branches d'un saule surplombant...
Notre homme est d'autant plus perturbé par la perte de sa ligne que par celle de son poisson, et, n'en voulant faire trop, se contente de tirer sèchement pour faire descendre la pelote de Phildar suspendue deux mètres plus haut !
Aaaaah, cher saule, que ne t'ai je remercié à ce moment là, toi qui retenait ce secret dans l'entrelac de tes branches, pliant mais ne rompant, m'offrant la chance de percer un secret si bien gardé...
Je me retenais de rire devant la colère froide qui envahissait notre pescayre et dont le calme fut si rapidement mis à l'épreuve par une modeste branche innocement jetée sur la rivière.
La suite, vous vous en doutez, tourna à l'avantage de notre feuillu, et le pescayre dû se résoudre à râler doucement contre ces arbres, "mais ce n'est pas grave, j'en ai fait la provision en passant à Muret chez mon détaillant" et joignant le geste à la parole, plia sa canne et prit congé "à bientôt peut être".
Je le saluais, tout en implorant que sa "maladresse" reste encore quelques temps suspendue dans les airs.
Je retournais donc l'après-midi, armé d'une scie, et en grimpant dans l'arbre, décrochais fébrilement ce montage: le bouchon, petit et très léger, en balsa, semblait avoir été quasiment taillé et façonné à la main, comportant une tige sur le haut et bas, le fil le contournant en étant pris dans des bagues, quelques petits plombs venant le stabiliser au dessous; le fil était très fin, les plombs très petits, et l'hameçon, n'en parlons pas, devait servir à pêcher le gardon...ou le vairon !
J'étudiais donc patiemment le moyen de me procurer tout ce matériel et tentait moi aussi de pêcher avec cette méthode, mais ma f.i. coulissait moins que la sienne et mon Ritma ne m'autorisait pas de si jolies dérives, et ce qui devait arriver arriva: la ligne, un jour, se retrouva par le fond, emportant le petit bouchon vers son ultime demeure. Mes efforts pour le récupérer furent vains.
Je repris donc le chemin du toc, non sans essayer parfois de pêcher les plages avec les bouchons et les hameçons les plus petits que je pouvais trouver, ayant quelques succès de ci de là.
Plus tard, croisant à nouveau notre toulousain, celui-ci me demanda si j'avais fait bonne pêche et me fit remarquer, d'un ton amusé, que son bouchon aérien, perdu à la plage des graviers, avait du retrouver le plancher des vaches, ce à quoi je répondis que le courant l'aura emporté, le courant d'air bien sûr...
Bon joueur et pas bégueule, il ramena sa ligne, et sans se tourner, sortit de son panier... un petit bouchon !

fufu31- Date d'inscription: 12/12/2006
Re: Le petit bouchon
Encore une bien belle histoire, merci fufu 

--------------------------------
Je fait ce que je peux !
Re: Le petit bouchon
super fufu ,une bien belle histoire encore,merci
--------------------------------
La sobriété est une hallucination due au manque d'alcool.
Lacs et pics des vallées d'Aure et Louron
Re: Le petit bouchon
Très belle histoire !!!! 


Yohan- pêcheur débroussailleur
- Date d'inscription: 14/10/2006
Re: Le petit bouchon
fufu!vraiment génial!--------------------------------
pluie en montagne,route mouillée!
qui a bu, aboiera!
http://cid-8158e27a13d585ac.photos.live.com/
Re: Le petit bouchon
Et petit fufu venait de découvrir la méthode Pimpim, surnom que les anciens donnaient à Jean Benoist, qui fut certainement le 1er à utiliser le petit bouchon. Canne en roseau, et tambour fixe mitchell 300 à l'époque.
Merci pour cette superbe histoire fufu !
Merci pour cette superbe histoire fufu !

Invité- Invité
Re: Le petit bouchon
Ah ben ça, je savais pas que ça venait de ce gars là !
Comme quoi, on en apprend tout le temps sur les pêches de la truite
Si j'ai le temps, je ferai un article sur cette pêche particulière et rarement utilisée (je n'ai vu que 2 pêcheurs l'utiliser sur le Salat au mois d'août...avec peu de réussite
)
Et je vous présenterai des modèles "maison"!
Comme quoi, on en apprend tout le temps sur les pêches de la truite
Si j'ai le temps, je ferai un article sur cette pêche particulière et rarement utilisée (je n'ai vu que 2 pêcheurs l'utiliser sur le Salat au mois d'août...avec peu de réussite
)Et je vous présenterai des modèles "maison"!

fufu31- Date d'inscription: 12/12/2006
Re: Le petit bouchon
fufu31 a écrit:Ah ben ça, je savais pas que ça venait de ce gars là !
Comme quoi, on en apprend tout le temps sur les pêches de la truite![]()
Si j'ai le temps, je ferai un article sur cette pêche particulière et rarement utilisée (je n'ai vu que 2 pêcheurs l'utiliser sur le Salat au mois d'août...avec peu de réussite)
Et je vous présenterai des modèles "maison"!
Si, si je l'utilise par temps venteux, vu que le toc par fort vent ....

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Je fait ce que je peux !
Re: Le petit bouchon
je l'utilise aussi , toujours un pimpim dans la fatte (poche), pour les dérives lentes et sous les branches.....
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