Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

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Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par Piaf le Sam 11 Avr 2015 - 3:42

Présentation bis, cette fois destinée aux moucheurs du forum, et afin d'éviter que ma première présentation ne devienne un vrai roman fleuve...
 
En mars 1972, le coiffeur de ma mère, pêcheur à la mouche aubussonnais réputé, me fis une très courte initiation à la pêche au fouet sur la Creuse, une seule, de 20 minutes tout au plus. On m'avait en effet offert, quelques mois auparavant, un ensemble de cannes à lancer en bambou refendu japonais, un ensemble "premier prix" mais dans lequel figurait une canne à mouche de 8 pieds (une trique en fait !). Mon argent de poche avait réussi à la compléter d’un moulinet manuel très bas de gamme et d’une auto-flottante premier prix (et vraiment pas bonne ! ). Mon très éphémère prof de pêche au fouet me fit quand même passer deux messages tout à fait essentiels (que je continue moi même à faire passer auprès de chacune des personnes que j’initie parfois au maniement du fouet) : - 1. inutile de chercher à lancer loin dans un premier temps, seules comptent la très grande précision et la douceur du posé ; - 2. il faut d’abord apprendre à bien lancer et être à l’aise avec cette technique avant d’essayer d’apprendre à pêcher (sinon gare aux défauts).
Je mis ainsi ces principes en pratique, d’abord sur le pré, où durant des heures j'utilisais les fleurs de pissenlit comme autant de gobages fictifs, puis assez vite sur une petite mare. J’y lançais une très petite planchette de bois très tendre, juste derrière  laquelle je m’efforçais ensuite de poser ma mouche, à quelques centimètres à peine, de façon à pouvoir la ramener à moi après avoir ferré l’hameçon dans sa tranche. Puis je relançais la planchette, progressivement de plus en plus loin et en l’attaquant alternativement du droit et du revers… Excellente « auto »-école qui, après un bon mois de pratique assidue, une fois enfin arrivé au bord de la rivière muni de ma canne à mouche, me permit de me rendre compte que, si j’étais déjà devenu un assez bon lanceur à la mouche, d’ailleurs même meilleur que certains non-débutants que je croisais, je ne savais en revanche encore pas du tout pêcher à la mouche ! Si ma mare avait bien réussi à m’apprendre un peu à lutter avec le vent, elle n’avait par contre ni arbres aux branches basses, ni courant (ni truites ! ). Éviter le dragage, passer sous les branches, ferrer très vite mais très doux, et non comme un fou et casser en ferrant une truite de moins de 18 cm (ça m’est arrivé au début ! ), il me restait encore presque tout à apprendre… Mais les premières réussites arrivèrent tout de même très vite, et même relativement nombreuses.
J’ai cependant pêché 8 ans à la mouche sans avoir réussi à apprendre à lancer en roulé ! J’avais eu beau lire les livres : je n’y arrivais pas tout seul. Le lancer roulé, je l’ai appris de la main même de Michel Duborgel, et j’en reste très fier ! En moins de 2 minutes ce grand homme ultra sympathique et son charisme m’avaient fait comprendre et sentir ce geste de lancer hyper simple, qui allait ensuite représenter près de 40 % de mes lancers durant le reste de ma carrière de moucheur ! C’était lors d’un petit salon du matériel de pêche organisé à Guéret en 1980 par le distributeur Mitchell. J’y avais ce jour là gagné au passage le concours de fly-casting (de lancer de précision) mais je n’étais plus là au moment de la remise des prix, trop pressé de partir à la pêche mettre immédiatement en pratique ce que je venais d’apprendre de cette main réputée.
Avec du recul, je me suis aperçu que cette culture de la précision du lancer m’avait également permis d’atteindre le summum de mon plaisir actuel dans la pêche à la mouche : la réussite du tout dernier coup de la fin du crépuscule. Ce court moment où on ne voit plus du tout sa mouche, même en se penchant pour utiliser le reflet du ciel sur l’eau, mais où l’on peut encore un instant continuer à pêcher, car c’est le moment où l’on oublie canne, soie et bas de ligne, comme s’il n’y avait maintenant plus d’intermédiaire entre ces gobages, que l’on distingue encore relativement bien sur l’eau, et sa propre main, posant d’elle-même la mouche sur l’eau juste au bon endroit. Ce moment où l’on ne voit donc plus son imitation de petite phrygane se poser mais où on sait avec certitude que l’on la bien posée là, à 3 ou 4 cm près, sur ce court courant secondaire où l’on croit soudain déceler moins qu’une esquisse de ride, juste une vague impression de remous, où l’on ferre uniquement par réflexe et où elle est bien là, donnant des coups sourds dans la canne, donc une fort belle en plus !
Je m’impose en revanche une stricte règle de déontologie : ne jamais me munir à la pêche d’aucune source de lumière artificielle, la plus petite fut-elle. Lorsque mes yeux n’y voient plus assez j’arrête (d’ailleurs c’est la loi ! ).
À l’époque (lointaine) où j’habitais la Creuse, de fin mai à mi juillet, j’allais à la mouche presque tous les soirs. Je partais très tard et ne pêchais alors que moins d’une heure certains soirs, mais qu’est-ce que je me suis régalé ! Là je pouvais me permettre de remettre beaucoup de truites à l’eau, un peu de toutes les tailles…
Aujourd’hui, je suis resté un adepte des rivières plutôt petites, aux courants rapides et très diversifiés, ceux où ça drague vite et où il faut donc pêcher court et super précis. Je ne suis pas un amateur des plats, ni même des trop grands glacis, à moins d’y voir des gobages réguliers. Et je suis toujours resté un grand adepte des coups du soir, jusqu’au crépuscule. Je suis en revanche devenu trop paresseux pour longtemps continuer à peigner l’eau même si ça ne gobe pas en surface. Il me faut au moins un petit minimum d’activité sur l’eau, quitte à ne l’exploiter qu’à l’aide d’une nymphe émergente, pêchant juste sous la pellicule de surface. Sans doute pour cela que je ne fais plus que de très courtes sorties à la mouche, presque limitées au coup du soir. Et hélas de plus en plus rares ces dernières années…
J’ai longtemps monté moi-même mes mouches, puis j’ai progressivement arrêté, en dehors de la rare confection de nymphes émergentes. J’ai toujours trouvé les plus belles mouches du commerce bien plus belles que les miennes (mais qui étaient pourtant tout aussi efficaces ! ). Longtemps, j’ai pas mal pêché avec les mouches de la collection « Madame de Chamberet » (qu’un copain achetait pour moi à Paris), ainsi qu’avec les plus petits sedges de Guy Plas (j’en utilise encore, ainsi que les bas de ligne tissés de ce même fournisseur).
J’ai très longtemps pêché avec une soie naturelle graissée (et ça me manque souvent un peu, surtout les jours de vent), puis je suis repassé à l’auto-flottante depuis pas mal d’années, par facilité et pour me permettre quelques vrais shoots lorsque nécessaire.
Je n’ai jusque là pour ainsi dire jamais pêché en réservoir, si ce n’est un seul court essai infructueux.
 
Re-oups, j’ai une seconde fois été bien trop long !
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Piaf

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par tangaraf le Sam 11 Avr 2015 - 7:39

c'est clair , on sent la passion!!!

et sinon tu dort la nuit? Smile
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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par Pechadou le Sam 11 Avr 2015 - 7:48


Belle présentation ! C'est un roman mais on en redemande .
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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par Leo le Sam 11 Avr 2015 - 8:15

Belle présentation en effet, une passion qui tient de l'addiction tout comme la plupart de nous sur ce forum! soit le  

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par Pere castor le Sam 11 Avr 2015 - 8:49

Bienvenue Smile
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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par RV74 le Sam 11 Avr 2015 - 10:45

A quand le troisième tome ?  Passion quand tu nous tient!
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Message par mario65 le Sam 11 Avr 2015 - 13:49

Très belle présentation , à ce niveau là il faut écrire un livre ok
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mario65

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par MARAUD le Sam 11 Avr 2015 - 23:18

+1 super
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MARAUD
dédé je suis ta conscience

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par Piaf le Dim 12 Avr 2015 - 0:39

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:et sinon tu dort la nuit? Smile
Très très peu hélas et c'est bien justement un de mes problèmes  Sad   Sleep
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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par dede le Dim 12 Avr 2015 - 10:49

trés agréable a lire, super rebienvenu ici
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dede
maraud t'as pas de conscience

Date d'inscription : 27/01/2008

http://dedbond.wordpress.com/

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

Message par clarée le Dim 12 Avr 2015 - 21:54

là chapeau bas
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clarée

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Re: Piaf, un moucheur passionné (mais non puriste)

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